Marin LHOPITEAU, luthier, créateur de harpes celtiques

Marin LHOPITEAU

1 – Marin, luthier et musicien

Je n’avais encore jamais visité l’atelier d’un luthier, créateur de harpes celtiques. Marin fait partie des quelques rares luthiers bretons, spécialisés dans la conception et la fabrication des harpes celtiques, et qui se comptent sur les doigts d’une main. Ma première impression en pénétrant dans l’atelier qui jouxte sa maison, est faite d’un mélange de calme, de silence, d’ombre percée par quelques rayons de soleil, d’une odeur de choses bien faites et qui me dit que le travail produit ici est un travail patient de grande tenue, celui que l’on réserve à de grandes oeuvres d’art. Pas de doute, je suis entré chez un créateur.

Avant de rencontrer Marin, j’avais consulté un certain nombre de sites spécialisés et je savais à la lecture de plusieurs commentaires (« Tu as quoi comme harpe ? …Une Marin Lhopiteau – ….Non ? Une vraie Marin Lhopiteau ? … ») que j’allais faire la connaissance d’un grand Monsieur. Je ne savais pas qu’il allait remuer en moi autant de souvenirs de mon enfance, lorsque gamin, j’essayai maladroitement de construire moi-même ma première guitare.

Marin n’a pas suivi de formation spécifique. Passionné par le travail du bois, il a débuté en construisant des épinettes des Vosges, puis des dulcimers, des bouzoukis irlandais et c’es au gré d’une rencontre avec la soeur d’un compagnon d’ouvrage qu’il co-construit avec lui sa première harpe celtique en 1983. Il se spécialise alors dans cet instrument et cinq ans plus tard, durant l’été 1988, il s’installe comme facteur de harpes professionnel.

dulcimer<—un dulcimer (photo wikimedia.org)

epinetteVosges

une épinette des Vosges —> (photo filckr.com)

un bouzouki irlandais ——–>bouzoukiIrlandais2

Ce que ne me dit pas tout de suite Marin, mais que je découvre au fil de notre échange, c’est qu’il est aussi joueur de harpe dans le groupe « Dremmwel » dont nous devrions reparler prochainement à l’occasion d’un témoignage en préparation . Il a appris à jouer de la harpe avec Dominique Bouchaud (professeur au Conservatoire de Musique de Quimper) et pour Marin, il est clair que pour optimiser son art, un luthier doit détenir une très forte proximité avec les musiciens, et, lorsque cela est possible, être soi-même musicien !

2 – Conception et réalisation de la harpe celtique

Marin dispose de ses propres créations qu’il conçoit à partir de quelques-uns de ses modèles. Si la taille des instruments qu’il conçoit et réalise est toujours identique (1,20m), essentiellement pour des questions de confort de l’artiste, il propose d’emblée plusieurs formes auxquelles sont associés pour chacune des gabarits précis (modèles en contreplaqué qui vont permettre d’assurer le dessin et la découpe des pièces élémentaires de l’instrument).

gabarit harpe celtique

gabarit harpe celtiquegabarit harpe celtique

En fonction du souhait du musicien, Marin va concevoir des ornementations qui vont personnaliser complètement l’instrument.

Candotti11_4 (Large)Chien-1Delarge10_3 (Large)Lafontaine11_27 (Large)TelennTexier-43Le choix des bois de construction est primordial. Il faut toujours utiliser des bois durs ou semi-durs (frêne, noyer, sycomore,..). Marin a choisi le merisier pour la crosse, la console, le pilier et la caisse de résonance. La table d’harmonie est, quant à elle, réalisée en épicéa qui assure parfaitement la résonance (les fibres du bois sont longiformes et transmettent très bien le son sur de grandes longueurs). Chacun des bois utilisés pour la fabrication de la harpe doit être séché pendant une période de 5 à 7 ans avant sa mise en oeuvre pour garantir l’évacuation complète de la sève et, partant, la stabilité ultérieure de la structure. Au dernier moment, avant l’intégration au travail de fabrication, les restes d’humidité présents dans l’air sont évacués par apposition directe sur les bois de couvertures chauffantes. Le travail de découpe peut alors commencer.

descriptif harpe celtiqueLa console et le pilier sont constitués de 3 épaisseurs de planches de merisier, agrégées en couches différemment enchevêtrées aux jointures des deux pièces pour permettre un bon maintien d’ensemble :

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Marin LHOPITEAU harpe celtiqueLa console est percée de trous de part en part à l’aide d’un gabarit de perçage pour permettre l’insertion correcte des chevilles qui permettront d’assurer l’accordage optimal de l’instrument :

console chevillesLa caisse de résonance est constituée d’un ensemble de planches fixées sur un fond à 7 pans et maintenues en pression pour le collage par un jeu d’élastiques larges qui garantissent la bonne homogénéité d’ensemble :

harpe celtiqueharpe celtiqueharpe celtiqueharpe celtique

 

DSC_4653La confection de la table d’harmonie est assurée par collage de minces pièces de bois d’épicéa positionnées en parallèle tout au long de la table, transversalement à la console pour assurer une bonne résistance. Ces pièces sont d’épaisseur progressive, les plus épaisses pour les basses appelées à soutenir les tensions de cordes les plus fortes.

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Sur l’envers de la table d’harmonie sont alors collés des renforts longilignes, également en épicéa, qui sont appelés « barrages » et qui suivent aussi la progressivité d’épaisseur de la table qu’ils aident à structurer.

DSC_4665Ces barrages doivent être « émincés » au ciseau à bois, tant sur leur embout que sur toute leur longueur. Cette opération doit garantir un parfait équilibre entre solidité de la table (résistance au regard de la tension des cordes) et transfert correct du son à la caisse de résonance. Il n’est pas faux de dire que la confection de la table d’harmonie est sans doute l’opération la plus délicate de la réalisation de la harpe.

DSC_4666Il reste alors à assurer la sculpture sur bois de la crosse puis éventuellement de la tête selon le modèle sélectionné par le musicien :

sculpture crosse harpe celtique

tête de crosse de harpe celtique

Console, pilier, caisse de résonance et table d’harmonie sont maintenant à assembler, vernir et la harpe ainsi constituée est prête à recevoir ses cordes (34 ou 36 selon le modèle choisi) :

DSC_4669DSC_4671

Marin m’explique aussi qu’il existe, comme pour la guitare, quatre types de harpe celtique : l’acoustique, l’électro-acoustique (acoustique amplifiée), l’électrique pure (sans caisse de résonance) et la harpe « midi » (à laquelle peut s’appliquer n’importe quel son de synthèse). Il a lui-même réalisé un exemplaire de harpe électrique au profit de son fils Mael Lhopiteau, harpiste celtique de renom. Cholet01_2012_resizedMais c’est bien la harpe acoustique qui lui permet d’exprimer très complètement son art.

(Photo extraite du site de Maël)

En me quittant, Marin me fait part de la tenue prochaine à Dinan du 37ème stage international de harpes celtiques (du 8 au 12 juillet prochain). Cette manifestation se combinera avec une session d’initiation « construire sa harpe en 6 jours » qui se tiendra du 7 au 12 juillet. Il n’y aura que 6 places de disponibles. Inscrivez-vous vite !

3 – Pour aller plus loin :

Contact : Marin LHOPITEAU – 3 rue Victor Ségalen – 29000 – QUIMPER

Tel : ++33 (0)2 98 95 82 47

Mail : marin.lhopiteau@orange.fr

Retrouvez aussi une interview de Marin dans le numéro 12 de l’excellente revue HarpesMag qui comporte notamment de très belles photos des têtes de harpe qu’il a conçues et réalisées.

HarpesMag12

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Enfin, nous ne saurions quitter Marin sans faire référence à son groupe « Dremmwel » qui fait une large place à la harpe celtique et au sein duquel officient ensemble depuis de nombreuses années des musiciens et musicienne de renom qui font honneur à notre culture et qui cultivent une amitié réciproque profonde, ferment de leur popularité et de leur succès. Nous consacrons un témoignage à ce groupe qui propose des musiques d’une grande beauté mélodique et rythmique.

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Merci à Marin de son accueil, du temps qu’il nous a consacré pour nous faire approcher la compréhension de son art et de la passion qu’il sait transmettre à qui cherche à comprendre comment de ses mains peuvent sortir de si beaux objets qui donneront à leur tour de si beaux sons, de si beaux rêves. Merci Marin !

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Musique

1 response to Marin LHOPITEAU, luthier, créateur de harpes celtiques


  1. Sylvain Monfort

    Très bel article, sur un très bel instrument!
    quelle patience doivent avoir les luthiers pour arriver à produire de telles oeuvres…

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